
LE PEUPLE TSHOKWE
Ni une tribu, ni un souvenir : une nation, traversée par des frontières qu'elle n'a pas tracées.
D'où nous venons
Les Tshokwe appartiennent au grand ensemble bantou. L'assèchement du Sahara déclencha, il y a des siècles, les grandes migrations vers l'Afrique australe.
Le mouvement conduisit les Tshokwe à s'installer aux sources des grandes rivières qui traversent l'Angola et la République démocratique du Congo : le Kasaï, la Lwatshimu, la Tshikapa, la Lulua, le Kwilu, le Kwango et bien d'autres.
Dans son manuscrit La Grande Nation des Tshokwe et sa Dynastie, Ambroise Muhunga rapporte ce que racontaient les anciens : venus du nord-est, d'un lieu appelé Lagos, ils émigrèrent vers le nord-ouest, vers ce qu'on nomme aujourd'hui l'Angola, et s'installèrent en un lieu appelé Lukulwe.
Une expansion rare
L'historien J. C. Miller le souligne dans Cokwe expansion 1850–1900 : le peuple tshokwe est l'un des rares cas, dans l'histoire africaine, à avoir connu en un demi-siècle une expansion aussi spectaculaire.
Cette expansion ne repose pas sur la force seule. Elle repose sur une manière d'organiser le lien social, autour de trois piliers :
Usoko — la parenté. La lignée se transmet par la mère. La femme est le liant, le socle de la famille et la détentrice du pouvoir coutumier.
Usendo — l'amitié scellée. Une fois nouée, l'amitié tshokwe a la force d'un lien de parenté. On ne choisit pas seulement sa famille : on la fabrique.
L'intégration. Les Tshokwe ont fait de l'étranger un parent. Par le mariage, par l'affranchissement, par l'adoption dans la lignée, des populations entières sont devenues tshokwe — et le sont restées.
C'est là que se trouve le fondement le plus ancien de ce que nous portons aujourd'hui : un peuple qui, plutôt que d'exclure, a su faire entrer.
Où nous vivons
Les Tshokwe habitent aujourd'hui le nord de l'Angola, le sud de la République démocratique du Congo et le nord-ouest de la Zambie.
En République démocratique du Congo, ils sont présents dans les anciennes provinces du Bandundu, du Kasaï occidental et du Katanga — notamment dans les territoires de Sandoa, Dilolo, Kapanga, Tshikapa, Kahemba et Kasongo-Lunda.
Ils comptent seize peuples voisins : les Babindji, Bambala, Biombo, Kete, Kuba, Lele, Luluwa, Lunda, Luvale, Lwena, Minungu, Ndembu, Ndekese, Nkutshu, Pende et Salampasu. Peu de peuples au monde vivent au contact d'autant de cultures différentes.
C'est le partage colonial, à Berlin, qui a réparti les Tshokwe entre trois États. La frontière a traversé le peuple ; elle ne l'a pas divisé.

Notre langue
Bien que séparés par des frontières, les Tshokwe parlent une même langue, l'utshokwe, avec de légères variantes selon les pays.
C'est une langue bantoue de la branche Niger-Congo. Son importance n'est plus à démontrer : le tshokwe compte parmi les toutes premières langues locales dans lesquelles la Bible a été traduite en République démocratique du Congo.
Le Tshota, école de la vie
Au milieu du village se dresse une paillote : le Tshota.
On s'y réunit pour partager la nourriture, les nouvelles et l'expérience. On y accueille le visiteur et l'étranger. On y juge les différends.
C'est surtout une école. On y apprend les contes, les énigmes, les paraboles, les proverbes — ce que les Tshokwe appellent les yishimo, un langage d'images qui rend un problème visible et une situation compréhensible.
La sagesse tshokwe ne s'enseigne pas dans une salle. Elle se transmet là où l'on mange ensemble.
Un peuple de musiciens
Le Tshokwe compose. Il adapte ses chants aux circonstances et aux rythmes que lui inspire son environnement — ce qui explique la variété de ses instruments et de ses danses.
Parmi eux : le ngoma, tambour à membrane joué en batterie de cinq ; le tshikhuvu, grand tambour à fente taillé dans un tronc ; la ndjimba, xylophone courbe à calebasses ; le tshisaji, lamellophone.
Chez les Tshokwe, chaque instrumentiste réputé possède une signature musicale : une formule par laquelle il commence ou termine son interprétation, pour signer sa création.
Un art reconnu
L'art tshokwe jouit d'un prestige justifié. La mise en vente d'une œuvre tshokwe est souvent un événement.
Cette place tient à un trait de caractère : le Tshokwe est sensible au beau, et donc à tout ce qui est fait impeccablement, ce qui attire, tant par sa beauté que par son utilité.
Ses œuvres occupent une place de choix au Musée royal de l'Afrique centrale, à Tervuren.
Une note sur l'orthographe
Les noms tshokwe s'écrivent de plusieurs manières selon la langue de celui qui les transcrit. Le son tsh du français correspond au c de l'anglais et de certaines transcriptions tshokwe.
C'est pourquoi on rencontre Tshokwe et Chokwe, Tshikuza et Cikuza, Tshihongo et Cihongo : ce sont les mêmes mots.
Sur ce site, nous employons la transcription francophone en tsh, celle qu'utilise l'ouvrage Qui sont les Tshokwe ? Les variantes sont indiquées à la première mention de chaque nom.



